Le discours programme du mardi 27 janvier avait comme double objectif de confirmer les axes d’orientations publiés dans le programme électoral de l’alliance au pouvoir et d’autre part d’établir le cadre à l’intérieur duquel se situera le discours sur le budget prévu pour le 16 mars. Ce discours est un évènement important, dans un contexte à la fois de volonté affichée par la nouvelle équipe de produire un second miracle économique, d’effondrement des infrastructures (routes, eau) et de leurs institutions et surtout de crise de l’Euro.

Concernant le secteur des services financiers, qui représente 10% du PIB et affichait en 2014 un taux de croissance de 5,4%, les quatre principaux points sont les suivants :

  • Propulser la Stock Exchange of Mauritius (SEM) en tant que plateforme pour la levée de fonds pour des produits financiers africains et internationaux ;
  • Encourager le développement de la gestion de patrimoine et des actifs et situer Maurice en tant que centre pour des placements privés, la négociation des obligations et autres instruments financiers ;
  • Accueillir des « regional headquarters » des multinationales avec un accroissement des activités de back-office
  • Les investisseurs vont être encouragés à utiliser Maurice pour leurs investissements en Afrique;
  • Etendre le réseau des traités de non-double imposition et des accords de promotion et de protection des investissements.

Nous partageons le fait que les cinq axes ci-dessus constituent bien cinq priorités essentielles pour que les services financiers continuent de se développer. Les trois derniers points ont fait partie des discours sur le budget des dix dernières années, les deux premiers ayant le mérite d’être très ambitieux.

Concernant le premier point, notre pays souffre de son éloignement par rapport aux investisseurs institutionnels, qui sont aux Etats-Unis, à Londres, à Genève, Singapour ou le Moyen-Orient. Même le Luxembourg et Dublin, qui sont les premiers centres européens d’administration de fonds, ne sont pas des places financières où l’on peut facilement lever des fonds. La SEM aura beaucoup de mal à mener à bien ce projet car il n’y a pratiquement pas d’investisseurs institutionnels basés à Maurice.

Concernant le second point, nous faisons là aussi face à un retard de plusieurs dizaines d’années par rapport aux grands centres financiers cités dans le paragraphe précédent. Le retard ne sera comblé que si des gestionnaires de patrimoine ayant une longue expérience viennent s’établir à Maurice. Mais ils auront du mal à y trouver la même clientèle que dans leurs précédents postes. La combinaison soleil / douceur de vivre / fiscalité attractive va attirer quelques fortunes à Maurice mais moins de la moitié vont y transférer la gestion de leurs avoirs, faute de tradition d’investissements et de taille du marché.

La vision est bonne mais il faudra au moins dix ans pour effectuer des progrès notables. Entretemps, Maurice doit reprendre sa place de leader pour l’administration et la gestion de fonds d’investissement indiens, car il s’agit toujours de notre expertise numéro un. Ceci n’est pas dans le discours programme, curieusement. En attendant, le niveau actuel de l’Euro permettra difficilement de maintenir le taux de croissance de 3,5% affiché en 2014. Le discours sur le budget à cet égard sera très intéressant.

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STEPHANE HENRY – CEO de IPRO Group