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La forte baisse de l’Euro est une très mauvaise nouvelle pour l’Ile Maurice, tout le monde le sait. Nos exportations et le secteur touristique sont encore trop dépendants de cette zone pour ne pas causer des dommages majeurs à l’économie du pays dans son ensemble. L’Euro est maintenant en compétition avec le Yen Japonais pour devenir la devise la plus faible parmi les pays développés. La volonté de rigueur monétaire allemande a cédé sous le poids de la croissance européenne anémique, le spectre de la déflation et la montée des extrêmes politiques : gauche en Grèce, droite en France.

La chute de l’Euro est, pour une devise de cette importance, vertigineuse : de plus de 1,35 pour un dollar au premier semestre 2014, le taux est tombé à 1,11 ce lundi, premier jour du programme de « Quantitative Easing » (QE). Il s’agit du plus bas niveau de l’Euro depuis 11 ans. Cet exercice de QE va durer au minimum jusqu’à septembre 2016, avec des achats mensuels de EUR 60 milliards d’actifs provenant d’une augmentation de la taille du bilan de la Banque Centrale Européenne, autrement dit de l’émission d’Euros.

Très clairement, cette chute de l’Euro sera une véritable catastrophe pour le secteur hôtelier, si la Banque de Maurice ne prend pas des mesures fortes destinées à la fois à réduire les taux d’intérêt et déprécier la roupie. Les quatre principaux groupes hôteliers mauriciens ont un bilan encore trop fragile face à une telle érosion exogène de leur chiffre d’affaires. Ils ont tous faits de gros efforts depuis 2008 pour réduire leur dette et redevenir profitables. Cette chute de l’Euro arrive au moment où ces efforts pour augmenter les taux d’occupation commençaient à porter leurs fruits, avec une hausse des arrivées touristiques supérieures à 4% en 2014 et surtout +8% en décembre.

Sans que cela ne soit une certitude, il existe une forte probabilité que l’Euro tombe sous la parité d’un Dollar US pour un Euro. Cette hypothèse doit conduire les autorités mauriciennes à agir avec force, pour sauver de nombreux opérateurs économiques et des milliers d’emplois. L’Ile Maurice a développé une très forte expertise dans le domaine touristique, il est essentiel de l’aider à se restructurer. Il en est de même pour le textile. Le pays ne doit pas devenir uniquement un centre financier, car nous ne sommes pas encore reconnus comme une place avec une expertise de haut niveau dans ce domaine. Nous avons besoin de davantage de professionnels avec une expérience de plus de 20 ans dans le secteur financier pour pouvoir y arriver.

D’un point de vue plus général, le pays devra se serrer fortement la ceinture en 2015. Seule une forte hausse de la productivité pourrait permettre de franchir la barre espérée des 4% de croissance. En attendant ce réveil productif, la croissance a toutes les chances de glisser sous les 3% et de se diriger vers les 2%, avec les risques sociaux que cela comporte : coupures d’eau, coupures d’électricité bientôt, routes fissurées. Si le chômage augmente, les risques de tensions ne pourront que s’accroitre.

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STEPHANE HENRY – CEO de IPRO Group